Hécatombe de rapaces victimes de tirs : un milan royal criblé de plomb en Indre-et-Loire

Hécatombe de rapaces victimes de tirs : un milan royal criblé de plomb en Indre-et-Loire

Pendant l’ouverture de la saison de chasse, les découvertes de rapaces victimes de tirs se multiplient, alors que ces espèces sont strictement protégées. Comme ailleurs en France, les rapaces d’Indre-et-Loire ne sont pas épargnés par les tirs, comme en témoigne la récente découverte d’un milan royal criblé de plomb.

Le 5 novembre dernier, un milan royal, a été victime d’un tir dans l’Indre-et-Loire autour de Cigogné. L’oiseau a été découvert dans un état critique par un particulier qui l’a confié à un vétérinaire. Un bénévole de la LPO Centre-Val de Loire a ensuite pris le relais pour transférer l’oiseau jusqu’au centre de sauvegarde de la faune sauvage du département, Sauve qui Plume. Après examen, l’oiseau présentait une fracture du fémur causé par des plombs. Il est mort des suites de ses blessures une dizaine de jours plus tard.

Le milan royal est une espèce particulièrement sensible, ses effectifs déclinant continuellement ces dernières années. Espèce exclusivement européenne, elle fait l’objet d’un programme de conservation et de suivis spécifiques pour endiguer son extinction.

Rare en Touraine, cet oiseau migrateur en provenance d’Europe du nord était seulement de passage dans notre secteur pour quelques jours, l’Indre-et-Loire constituant une étape sur sa route migratoire avant de rejoindre le sud de la France ou l’Espagne pour passer l’hiver.

La LPO Centre-Val de Loire va déposer plainte auprès de l’Office Français de la Biodiversité.

Au cours des 3 dernières années, 87% des 109 rapaces plombés pris en charge par les centres de soins gérés par la LPO ont été reçus entre début septembre et fin février, soit entre les dates d’ouverture et de fermeture générales de la chasse en France. Bien qu’il ne s’agisse pas d’actes de chasse à proprement parler, les rapaces étant en effet intégralement protégés depuis 1976, les munitions et les armes utilisées sont bien les mêmes. Erreurs d’identification ou malveillance délibérée, les tirs sur les rapaces sont beaucoup plus fréquents quand la chasse est ouverte.

Leurs auteurs sont rarement identifiés et en dépit de nombreuses plaintes de la LPO, la majorité des affaires est classée sans suite. Quand jugement il y a, les peines prononcées sont le plus souvent clémentes et peu dissuasives, alors que le nombre de rapaces abattus reste quasi constant année après année. La destruction d’une espèce protégée est pourtant passible de 3 ans d’emprisonnement et de 150.000€ d’amende.

La LPO en appelle une nouvelle fois aux dirigeants cynégétiques afin qu’ils fassent le nécessaire auprès de leurs adhérents et cessent de nier leur responsabilité dans la multiplication de ces actes. Nous demandons également un renforcement des moyens d’investigation de la police de la nature de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), ainsi que la formation des juges sur ce sujet.

 Des années de protection mises en péril

Il y a toujours eu des croyances et des préjugés entourant les rapaces, longtemps considérés comme des espèces « nuisibles » s’attaquant au gibier ou aux troupeaux, voire aux enfants. Victimes de tirs et d’empoisonnement, plusieurs d’entre elles ont ainsi failli disparaître de France il y a un siècle. Grâce aux importants efforts déployés en termes de conservation et de sensibilisation, leurs populations sont aujourd’hui en meilleure santé mais demeurent vulnérables, menacées par les intoxications aux pesticides utilisés par l’agriculture intensive, la réduction de leurs habitats causée par l’artificialisation des espaces naturels, ainsi que par le développement des infrastructures linéaires de transport et d’énergie (lignes électriques, parcs éoliens, réseau routier).

Milan royal © Alain Bloquet